.

.
Paisani in anda pà a fiera di u Niolu. LC Canniccioni v 1910

16/12/2017

Sarratu fora

Sarratu fora è un numignulu (certi dicivani un "dumignulu", quista l'aghju intesa, sigura). Ind'i tempi agnunu t'aviva u soiu. In paesi, ci n'aghju cuntatu più di 200. 
Sarratu fora (ma libaru indrentu !) è u nomi di una passioni, quidda d'un paesi, u meiu, u vostru. A passioni pà ssi petri oghji tralasciati. Sarratu fora sarà un loccu pà di dì a passioni di i nostri vecchji e di l'amichi spariti, spapersi, incarciarati ind'i ritorti di i sò fatti d'oghji ch'eddi sighini beddi o brutti. Emi à pruvà à fà un bloggu paisanu. Un loccu dedicatu à a lingua corsa (d'oghji e d'arimani). 
A Corsica di tandu un era micca un paradisu. A Corsica di tandu era.
Eiu sogu di stu tempu, basta, e ghjungu dà culà...

(Nb: Pà suvità, in cundizioni, u filu di stu bloggu, o lettori che tu sei, vai e cerca prima u bigliettu (post/postu) di 2011 e ricoddi in darretu insin'à oghji. Fattu ch'eddu è, leghji agna ghjornu chi vena u postu novu, s'eddu ci n'è unu. S'eddu un ci n'è micca, tandu rileghjani un anzianu se tu n'hai la brama. Ti ringriaziu e ti salutu cù la zucca e cù l'imbutu. Sf)

L'eau sacrée

Lejean, à lu sò scagnu: in uni scorru cù l'appareghju di transmissioni à dritta, u gramofonu vicinu à l'arecchja manca. 
Tamantu accuncciamentu da sminticà u rumori guerrieri chi li vinivani megliu i lagni longhi e languenti di a cantatrici! Fila cori, fila.
"Ecoutez  donc ces voix qui nous appellent, adjudant:"

"Lakmé
Tu m'as donné le plus doux rêve
Qu'on puisse avoir sous notre ciel, 
Reste encore pour qu'il s'achève
Ici, loin du monde réel ...
Tu m'as dit des mots de tendresse
Que les hindous ne savent pas,
Et tu m'as appris l'ivresse
Des aveux murmurés tout bas.

Gérald
Ce que je lis sur ton visage,
Ma Lakmé, me glace d'effroi.
De tout, mon âme se dégage
Et je ne serai plus qu'à toi.

Lakmé
Ah! maintenant, je veux te croire,
Voici la coupe où je vais boire.
Prends! ...

(...)

Gérald
Non ! Ce n'est pas la mort,
C'est la vie ardente
Qui coule à plein bord
Sur ta lèvre frémissante.
Ah!
Qu'autour de moi tout sombre."*






* Lakmé, attu III n°19, L Delibe (1883), libriolu di E Gondinet e P Gille.

15/12/2017

Anmnesi (2)

Lejean: "Elle mettait en défaite la définition même des mots. Leurs sens prenaient alors un autre sens. Sa force était immense et sa beauté aussi. Oh comme je L'aimais. Elle avait eu, naïveté (?), le courage de battre les divisions passées. Elle me parlait d'aubes, de plongées, d'ombres, "de l'errance des fantômes" et de ciels. Oh, Dieu sait comme Elle était belle !
Elle venait d'un pays des confins. De ces pays, qui sont tellement lointains, que de simples demandes de secours, même, s'épuisent sur ses rochers en échos inutiles.
Et c'est pour tout cela, que rien, rien, ne Lui fut pardonné.
Elle reste mon cher échec. Echec sur lequel chaque nuit je m'endors. Jusqu'à ce jour, enfin, où, elle m'apparaît en rêve. Mais là encore Elle fuit. Et mes mains, inutiles, se replient sur le vide laissé par Son absence. Alors, je La berce et La laisse dormir... "la nuit immense et noire... un couple frémissant... l'eau, le vent, la lumière..." Alors Elle me répond. Je n'entends plus Sa voix. Sa voix était pourtant si claire.
Elle est mon seul échec, mon échec adoré.
À propos de confins, Elle venait des montagnes. De montagnes, de ces montagnes grises ou bleues, selon les heures et la pluie et le vent, le soleil, si je me souviens bien. Elle en portait le nom. Non, les montagnes étaient blanches... Enfin je ne sais plus, ni de son nom, ni même des couleurs... de toutes ces vielles pierres.
Oh si, si, je sais quelque chose, je sais que... À quoi bon... Ne chérir que l'oubli et construire des chimères, et oublier les choses et les prendre à l'envers.
Ne pas penser, surtout ne pas penser, car penser est le malheur de l'homme, voyez-vous, adjudant."

Ch'avivu da dì ? Un n'avivu nudda à dì, e basta. Era tontu e pò bè, bè, a vi dicu eiu ! Più indà, d'un gramofonu, una bassa facciva baddà a calcabruna à tutta a cumpania : "Qu'as-tu donc Mélisande ? (...) dis-moi toute la vérité Mélisande (...)
Una boci feminili trema e li rispondi  :"C'est quelque chose qui est plus fort que moi (...) Je voudrais m'en aller avec vous..."
Tandu l'omu :"On va croire à des rêves d'enfants ! (...) Tu pleures de ne pas voir le ciel ! Voyons, tu n'as plus l'âge où l'on peut pleurer pour ces choses, et puis l'été n'est-il  pas là ?.."*
Era tuttu à Lejean. Era pugnenti e vanu. E chi tanti estati, in quiddi frignali dicembrini ! Aiò, aiò, o ghjenti, aiò.


*Pelléas et Mélisande, attu II, scena 2, Debussy, libriolu di M Maeterlinck, (1902)

Filusufia ?

Lejean :" Adjudant, si le corse est si riche, il peut dire aussi la philosophie, non? Dites-moi, comment diriez vous en corse : "C'est une erreur de prétendre que la contradiction est inconcevable, car c'est bien dans la douleur du vivant qu'elle a son existence réelle"*
Eiu: "Je ne sais pas, certains prétendent même que notre langue ne se parle pas mais se siffle... Peut-être est-ce vrai ? Sinon, j'essayerais de dire:  À chi pratenda chi u cuntradittoriu è inconcipivuli, si sbaglia, chi, è puru ind'i u dulori di u vivu ch'eddu teni u sò soffiu, e u veru."*
Lejean : "Tous vos mots se terminent en "ou", on dirait !"
Eiu :"Tous nos mots auront une fin."



*Hegel

09/12/2017

À la Renommée des Escargots (13)

"(...) Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage.
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent ?

Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus (...)"*

Saint Diè l'8 di dicembri di u 17.
Sta volta, sta notti ch'e vi dicu, u picchju s'era fattu oca "grida morti" !!!
Erami sempri à ghjuccà à pruvà à sminticassi di sta p. di guerra, cuì vicinu.
Quali sarà statu, pò, stu Rainer Maria Rilke ???
Saint-Dié, prigheti par noi altri, và.

Paul Gauguin
(Pont Aven, 1894)


*da, L. Aragon, Le roman inachevé, 1956

06/12/2017

Survivre

Lejean: "J'imagine les survivants et leurs mots inutiles. Vous verrez qu'un jour, nous aurons droit à ce genre de phrases écrites par de faux poètes :
"Nous avons le souvenir, ils ont l'immortalité."
Oh comme j'imagine ce type de phrases niaises à inventer pour décorer nos monuments aux morts à l'avenir.
Car après les hommes, adjudant, viendra le tour des pierres et, comme nous, elles finiront soumises, domestiquées, repensées et  porteuses de messages surranés à destination de générations à venir. Générations qui, elles, n'auront plus rien à faire de tous ces morts là. C'est ainsi, que voulez-vous !
Imaginez, chez vous : "Aux enfants de Petri Rossi, morts pour la France. 1914-19??" Bon... voilà, restera à préciser la seconde date..."
"Sait-on seulement si cette guerre aura jamais une fin ? "

02/12/2017

Samedi 1er décembre 1917

Tirs violents de minens sur 766 et 762. Tirs d'artillerie (300 coups) sur P.A Réduit et P.A 766.

Pertes, néant*.

JMO Op. cité

29/11/2017

Dictionnaire corse-français (999)

Claire de lune: bughju neru !
Pleine lune: luna biotta...


Georges Paul Leroux (1877-1957) : 
Aux Eparges, soldats enterrant leurs camarades au clair de lune.

(Musée National du Château de Versailles)

28/11/2017

Pizzicu Minicu...

"Regardez adjudant, regardez ! Voyez cette araignée, là. Cela fait une heure au moins que je l'observe. Regardez cette obstination. Elle ne semble avoir qu'un but désormais: disparaître à nos yeux. Creuser pour se réfugier sous terre, pour qu'enfin personne ne l'aperçoive.
Oh comme elle nous ressemble!
Comme si se cacher au monde était sa voie vers un espoir. Soit, mais lequel ?
Mais qu'à-t-elle à cacher ? Pour quel secret secret se bat-elle ? De toute façon, elle perdra.

Nous, nous nous cachons, mais nous avons au moins l'excuse des bombes, nous.. Et nous avons déjà perdu. Alors..."

26/11/2017

Francesu e lingua nostra...

Lejean :"Adjudant, vous aimez votre langue n'est-ce pas?"
Eiu: " Je n'ai sais pas, capitaine si je l'aime ou pas, mais c'est elle qui me permet le mieux de dire les choses que j'ai en moi. Enfin, je vous dis cela, mais depuis que j'ai appris la vôtre, de langue, je vous avoue que je n'en suis plus sûr. Ainsi je ne saurais pas comment dire en corse, ces mots de Junot: "Le souvenir n'est qu'un succédané de nos nos chagrins passés."*
Non, j'apprends à dire les choses d'une autre façon, peut-être sont-çe là des choses d'une autre époque ?
Et puis avec tout cette machine à effacer les sentiments, qu'est la guerre, il me semble que le français suffit (sic).
Voilà, mais cela me touche que vous pensiez à ça."

*(U rimorsu, un sarà pò fattu cà d'i nostri peni passati ???)

25/11/2017

24 Novembre.

N° 7430   Ordre de Relève.

I. Le 2e Bataillon relèvera le 3eme Btn dans la soirée du 26 au 27 Novembre dans le b.R de la Croix le Prêtre.
Tb à Coinchimont

II. Après relève le Bataillon Bernaud occupera les emplacements suivants:
     - E.M, Une Cie et T.C à Ban de Laveline
     - Une compagnie à Honville
     - Une compagnie à Lesseux de Chapis
Les compagnies de mitrailleuses restent en place.

III. Le mouvement de relève sera réglé après entente entre les Cdts des 2e et 3eme Btns.
       Les éléments du 2eme Bataillon devront être en place dans la matinée du 26 à partir de 7h.

Les mouvements devront se faire par petits groupes largement espacés.

IV. Le 3eme Bataillon quittera le secteur Croix le Prêtre à partir de 17 heures, suivant les ordres du Capitaine Baulieux, pour aller dans ses cantonnements.

V. Les reconnaissances à faire par les cadres du 3ème Btn pour les cantonnements et la continuation des travaux seront terminés pour le 23 novembre au soir.

Nota: Pour les prescriptions de détails se conformer aux paragraphes VI. VII.VIII et IX de l'Ordre de Relève du 24 Octobre 1917.

                      Le 24 Novembre 1917
                Le Chef d'Escadron Blairer Cdt                                  provisoirement le 171e RI




Da : JMO 26 N 708/7, in: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr


21/11/2017

22 rue de la Krutenau

Lejean pariva imburdatu di si sò paroddi stessi :
"Ainsi donc, voyez-vous adjudant, il est des adresses qui auront toujours été inutiles. Des adresses qui annocent des séparations. Des rues qui se finissent en impasse, voilà.
Mais ça, on le savait deja, n'est-ce pas.
Et pourquoi vous dis-je cela ?
Je repense à ma première incorporation,  voyez-vous, je me souviens que je l'aimais très fort.  Pourtant, je n'arrivais pas à le lui dire: le ressentiment.
Quel mot bizarre que le ressentiment. Et combien de vies perdues pour cela... Le ressentiment, oui... c'ėtait cela la maladie infantile de notre amour."

"Et moi.. (dissi, tandu, à Junot), je connais des boulevards qui finissent en impasse !!!  Boulevard Peirere à Paris. (Oh lu sgardu di Lejean).
Tandu à Junot: "Ben quoi ?"

Andeti voi à capiscia... c'è da rida certi volti a vi dicu eiu.

18/11/2017

17 novembre 1917 (patrouilles)

Une patrouille ennemie entre PP5 et 6 à Wisembach se heurte à une de nos patrouilles et est repoussée. Un blessé chez l'ennemi. Un calot et un fusil sont trouvés sur le terrain.*

Pertes: néant.

*JMO, op. cité.

Lucca II, 33

"I tò occhji sò à lumera di la tò parsona; quand'eddi sò in piena saluta, tandu à tò parsona è luminosa; s'eddi sò malati, à tò parsona cambia ed è bughja. Cusigna, abbii primura, e ch'eddu un sighi scuru, u lumi chi tu porti in tè stessu. Cusì, se à tò parsona è luminosa, senza tristezza indocu, sarà tandu piena à lumi cum'è quandi a lumera ti richjari e t'alumineghja."
Fussi edda pura.

16/11/2017

Le capital

"Ce thé m'a vraiment réchauffé. Voyez-vous adjudant, voilà à quoi nous en sommes réduits: vivre l'instant, car la guerre, elle, reste maître du temps, et ne nous épargne pas. Quand j'écris à ma pauvre épouse, je mime un homme heureux, et qui a devant lui un avenir brillant.
La réalité ? Eh bien, voyez-vous, la réalité, vous, vous la connaissez. J'ai devant moi, la boue, le boche, c'est tout qu'il ne nous reste, avec la mort intime, comme perspective unique.
Alors, je mens. Je lui mens, je me mens, je vous mens...
Voyez-vous, ce thé était infâme, il m'a glacé les os. Je n'aime pas ce thé. Et d'ailleurs, voyez-vous, c'est terrible, je n'aime pas non plus ma femme. C'est ainsi.
Non, cElle que j'aime est... ailleurs, Elle est loin, au bout, au delà d'un océan immense !
Hier, dans le silence de l'église de Saint-Dié, dans sa dévastation, au milieu de ses pierres brisées, des gargouilles bouleversées, oui, hier face à cette dévastation, j'ai fait cette promesse : celle de la retrouver.
Oui, car nous devons mourir. Et je ne peux pas mourir sans L'avoir embrassée une dernière fois encore. Et alors à son tour, alors, Elle aussi pourra enfin mourir.
Je l'aime, vous voyez ? Ce point est capital."

"Capital? O Lejean, tanti discorsi tonti, mi piglieti u capu. Capitu, o capità rompicapu, rompez !"

13/11/2017

À C. (18)

Duve ùn ci è a forza cresce ira o addisperu,  u silenziu in più...

11/11/2017

A C. (17)

Cuscogliuli chi sò casciapuli...
Fusti, tù, "la fini di u mondu"*...

Sarah Birch (c. 1910)
Lamport Hall, Northampton (UK)
In, Books & Art



*(Manera di dì napulitana).

07/11/2017

Ciò che nò semi...

Sunniava: aghju vistu un lettinu, forsi quiddu d'un ziteddinu. Nò, megliu: u lettu era quiddu di una zitidduccia. Accantu à ssu lettinu, in quidda camara, un lettu più maiori, quiddu di i parenti.  In quidda casa, vidivu dui parsonni vivi. Una mamma, ghjovana, t'avarà avutu 20 anni, o mancu, nobuli di maneri, graziosa e biundinetta e svighjata di poccu. I capeddi erani inturchjuliti da fà un cocculeddu garbatu e raru. Era a bidezza di u mondu. U surisu era apartu, dolci e generosi. Dolci, dolci cum'era dolci lu sò cori, com'erani dolci i sò labbri. Pariva ch'edda vighjessi nantu à sò famigliaredda, puvaretta...
A ciuccia intargava, trà sonnu e scità. L'agnuli di ssa tarra li baddavani à l'intornu.
L'omu, chi c'era statu, di siguru, un omu in quiddi locchi. L'omu s'era dighjà pisatu e s'era laccatu l'appartementu senza che nò pudessimi dì s'edd'era partutu sta mani, arimani o quindici ghjorni fà.
Senza pudè dì s'eddu era à a guerra, in cafè in villa o s'eddu era scappatu par sti Francie o puri in l'Africa fonda, fonda ?
U fattu è chi a mamma s'era ritruvata sola in casa cù a zitedda.

Fù una stonda.
Fù una stonda, una stunddaredda.

A bomba schiattò. Ghjunta di un si sà induva e fecci falà a mittà di u palazzu. Ghjustu da laccà nantu à a facciata sempri arrita, a marca d'unu solu di i quattru muri di l'appartementu. E cusì à tutti i piani sfundati, à l'insù, à l'inghjò !
Si vidiva ch'eddu c'era statu una famiglia à campà cuì ci. Arristavani i traccii di carta bianca nantu à unu di ssi quatru muri e basta.
A vita, massimu i surisi, si n'erani andati in fulmini e polvariccia. In una stonda.

Ciò che nò semi ? Nudda, ciò chi era, ciò chi un è più.

Tore Y Johnson
À ringrazià di cori
à Paulu Filippi

05/11/2017

Les 3 Maries

Cher Sarratu,

J'ai reçu votre lettre qui ne m'a pas surprise mais m'a bien sûr contrariée.
Le train est donc devenu est ma maison: figurez vous que notre logeuse, ravie de son séjour en Normandie a décidé, cette fois, de nous faire decouvrir "l'air de la Méditerranée" a-t-elle dit. Nous voici donc au bout du monde, au bout d'un interminable voyage, nous voici au bout du monde. Dans un village dont le nom doit beaucoup, dit-on, au débarquement des 3 Maries, ici, il y a bien longtemps...
Il est paraît-il aussi une Vierge noire que les romanichels implorent avec une très grande piété.
Je ne vous en dit pas plus, mais sachez que dès demain, je m'en vais l'entetenir et puis j'attendrai. On dit bien qu'elle fait des miracles.
Pour l'heure, je vais me coucher, ce voyage et ces transbordements m'ont épuisée (je suis sûre que vous auriez aimé les arlesiennes et leurs habits). Je vais aussi penser à mon méchant soldat !
Puisse cette nuit être douce pour vous autant que puisse être douce une nuit à la guerre.
Je vous aime même si vous ne voulez pas l'entendre. Je ne me cache pas et je n'efface pas mes traces. Je ne vous efface pas, non plus.
C'est ma vie. Et c'est aussi, j'espère, beaucoup de la vôtre.

Votre Marie-Hughette.

03/11/2017

2 novembre 1917

Sur le front du Sous-Secteur, les Boches manifestent leur joie (victoire en Italie*) et placent des pancartes.

Pertes: néant


*NdlA: Battaglia di Caporetto
JMO: Op. cité

30/10/2017

À C (15)

Aghju trovu una carta stracciata ind'i un libru anzianu, pagina 55. C'era un disegnu dipintu, d'un suldatinu, uni scrittu nantu à u bigliettinu, in francesu. Ma ch'avarani vulsutu dì ???
C'era scrittu:

"La moitié d'une absence c'est juste la moitié d'une tristesse. mon Amour."
30/10/1862

29/10/2017

Chère Hughette (4)

Saint Diè, ce 29 octobre 1917,

Ma vie ressemble à votre dernière lettre: sans cesse en retard.
Votre lettre, je l'ai reçue hier. Elle était datée de Noël 2016. Vous m'y souhaitiez la plus belle soirée possible et une joyeuse année à venir.
Je vous souhaite à mon tour donc, une belle et heureuse année 1917.
Et pour que cette année soit vraiment belle, il vous faudra m'oublier.
On n'aime plus un cadavre, fut-il encore en vie, on le pleure. On l'évoque et avec lui, on joue des souvenirs. On mime des monologues, cest tout. Rien de tout cela nest vrai. Je nai pas existé.
L'amour on le doit aux vivants car ils sont l'avenir. Nous sommes le passé.
Je vous ai pourtant tant aimée. Vous êtes irremplaçable, si seulement je vous l'avais avoué au bon moment. Je suis un imbécile.
Ici, le ciel ce soir...

Votre Sarratu



28/10/2017

Les Vosges

Vegu à Junot à scriva à a fini di a guerra, chjinatu, i pedi ind'u foccu. E Lejean à dì :" Junot, je vous désignerais pour écrire l'historique du régiment. Vous avez la plume leste et précise !"

Arrivé vers Aillevillers le 23 Juin, le 171e y goûte le repos dans d'excellents cantonnements, au milieu d'une population affable heureuse de loger le Régiment de Belfort.
A partir du 14 Juillet 1917, il occupera dans les Vosges le sous-secteur sud de Saint-Dié. La densité des troupes est très faible et les veilles pénibles. Loin d'être une période d'inaction, c'est le moment des coups de main, patrouilles, reconnaissances poussées souvent très loin dans les lignes ennemies...(1)

Chi Santa Lucia ci mentenghi, u restu...



(1)Da : Historique du 171e Régiment d'infanterie, Belfort-Mulhouse, Société anonyme des Établissements d'Imprimerie A. Herbelin 1920

25/10/2017

Futuru

Comu mi sarà vinutu in menti ciò chi zì Tantà m'aviva dettu: "E pò noi, semi cuì, campemi cuì, avemi u passatu, u presenti, u futuru..."
À pinsacci : u futuru, u futuru....

22/10/2017

Rimigna

Ci hani vulsultu purtà in tarra, ma s'erani sminticati d'una cosa: semi sumenta, noi. Iè, sumenta, e sumenta di rimigna...

21/10/2017

21 10bre 1917

Nanzu arimani è statu tombu u sottu-tenenti Matthieu (tagliatu d'un tiru mitragliosa) di a 11esima Cumpania. Omu struitu e babbu di trè ziteddi e cun eddu, sò stati dui omi à spariscia. D'eddi, un si sappiva nudda, d'eddi... è cusì.

Oghji emi purtatu indi u JMO :
"Bombardement de 766 par torpilles et torpillettes."

                              blessés    tués
Pertes Officier                         1
            Troupe                          2

41

Per la fine della guerra.

À la Vergine Maria
Dumandemuli un favore
Ch'ella cambii à li guerrieri
Le sò amari passioni
Di una guerra mundiale
Evitane st'occasione.

Di la fine à sta guerra
Mettimu l'attenzione
Fà una mace fra nemici
Cu tuttu le nazione
Chi si stu fragellu dura
Serà la destruzione.

O cosa lu face l'omu !
Sò cose for' di misura
In tutte le nazione
D'una fabbrica chi è matura
Per distruge roba e ghiente
Ghjè una cosa troppu dura.

Si cambissinu i sapienti
À le sò inventazioni
Per distrughie ghiente e ropa
Nun più fà munizione
E di fà un cumunu accordu
Mettesi nulla ragione.

Si lu populu pensassi
Di fà chiara aleanza
Mette à  pace in Auropa
E rialzane la Francia
Perche si sta guerra dura
Sera di tanta soffranza.

Cosa accade in terra e in  mare
Ne colla lu terrore in celu
A Madona e lu Signore
Soffrenu tantu martiru
Di vede i cori astimati
Si nun calma stu deliru !

Per calmane stu deliru
Ci vole à cambiar' sentimenti
Osservar' di lu Signore
Li dece cummandamenti
Amar lu prossimu nostru
Cumu amacci à noi stessi ?

Chi richi simu di terra
Più lerghi simu di mare
Chi tutte le nazione
Puderianu navigare
E poi in casu di bisognu
Tuttu rendesi lu bene.

Quanta ropa fala in  mare
Quanta si ne va brusgiata
Sta legge cusi dura
Da quale sera creata
Sera una ver' ferita*
Da lu demoniu tentada.

O s'ella cambiassi l'omu
A le sò tentazione
La ropa diventa nunda
E nun da avè valore
L'anima parte spugliata
Vestita di a sò azzione.

O se sapia leghie e scrive
Per esprime le mio edee
Bulia fà stampà un libru
O agniunu pudellu vede
Per pudè fà capì l'omu
Quantu manca à u sò duvere.

Pudia scrive ssu libru
Stampatu à sillabe d'oru
E poi fallu circulà
Che lu leghiessi ognunu
Prega di finir' la guerra
In l'annata quarant'unu.

Tuttu lu mese di merzu
Preghemulu cun curaggiu
Perche c'è un venari santu
Da Dio è statu agraziadu
Intercede in ss'ora santa
Di rialzà lu nostru statu.

Prighemu u mese di merzu
Tuttu lu quaresimale
Mettimu l'arme à  terre
Libari i batelli in mare
E li notri prigiuneri
Tutti messi in libertà ne...

O chi lu ghiornu di Pasqua
Quandu Dio è ressuccitatu
Pudeli fà una preghiera
Di tutto ringraziatu
E chi dia una longa vita
À lu nostru scieffu di statu.

Francesca Antoniotti

(Scrittura originali rispittata quantu eddu si pudiva)
*Scrittu : "berberita".

18/10/2017

Uttrovi 17

A sera, mi n'invengu. C'era mamma à a paghjola, à u focu, pronta à servacci a suppa à tola, suppa di castagni. Laccavami i castagni da cantu. E a mani à bon'ora i magnavami tandu, bagnati ind'i u latti caldu.
Ricordi d'un mondu migliori.

Suppa calda culà, tranchée troscia cuì...

15/10/2017

à Malù: black lives matter

À Urban F. Bass

Più indà, si sintiva cuddà da sti povari neri americani ghjunti d'un si sà induva, u lagnu cantatu à i sureddi soi.
Cantavani i Quattru Donni. Baddu ripetitivu...

My skin is black
Di peddi nera
My arms are long
I braccii longhi
My hair is woolly
Capeddi lanosi
My back is strong
Di schiena forti
Strong enough to take the pain
Forti abbastanza da purtà peni
inflicted again and again
Inghjuliata sempri di più.
What do they call me
E com'eddi mi chjamani ?
My name is Aunt Sarah

Aunt Sarah...
È lu nomi meiu..

Di peddi incerta
Capeddi longhi
Trà dui mondi
I do belong
Di babbu biancu, di babbu riccu
À l'abbruccà, s'ha furzatu à mamma
E com'eddi mi chjamani ?
My name is Saffronia
Di nomi Saffronia
Saffronia

Di peddi bruna
Capeddi fini
I fianchi larghi e aparti
Bocca rossa à vinu
Di quali sogu eiu ?
Di chi soldi aghji da cumprà mi
E com'eddi mi chjamani ?
My name is Sweet Thing,
Di nomi Sweet Thing...
(tamburini)

Peddi castagna
Salvatica di maneri
Tumbariu ancu a prima mamma ch'e vegu
Chi fù dura la me vita
Inacerbita ssi pocchi ghjorni
Ch'erani schiavi li me parenti
E com'eddi mi chjamani ?
Mi chjamu Peaches
My name is Peaches !

Nina Simone



Four Women © Sony/ATV Music Publishing LLC




09/10/2017

8 10bre 17

Travaux habituels d'entretien du Secteur, mais presque nuls par suite du mauvais temps.
Par décision de M le Général Cdt en Chef, note n° 3613 en date du 3-10-17, le Lieutenant Colonel Donan Cdt le C.D.I de la 166e D.I passe au 171e RI en remplacement du Lt Colonel Michet, remis à la disposition du Ministre des Colonies.
À date de ce jour le Lt Colonel Donald prend le Commandement du Régiment et du Sous-Secteur B.

                                   Tués                   Blessés

Pertes-Officiers          -                             -
Troupes                       -                             1


08/10/2017

U Cigliu rossu (2)

"Tilloloy
A posta era di i boni.
For di l'obusieri chi picchjavani nantu à Beuvraignes, à meziornu, un accadiva mai nudda par cuì. Aghju tinutu in menti (battivami a cucchja), una scappata, a maiò parti di noi, accuppati à construiscia cabannacci di casci, d'altri à piantà tenditi, parissi chi i Bosci fussini stati mandati in Trabizonda, in qualchiddocchi, indi u fondu di a piaghja, vicinu à Roye.
Una bedda matinata di ghjunghju erami pusati ind'arba (chi si era impadrunita u nostru muriciolu e chi piattava i nostri barbelés), arba chi ci tuccava à taglià e à vultà, erami cuì pusati in quidda arba alta à chjachjarà in aspitanza di a suppa, à paragunà i provi di u cuccinaru nuveddu à quiddi di Garnéro chi era statu tombu nantu à a Sarra di Vigy.
Quandu, d'un colpu, stu mattu di Faval saltò sù un pedi, a manu dritta tesa, u ditu conta dinaru spuntatu, vultò u capu a manu manca soppru à l'occhji e si missi à mughjà, àscucculi tal'à quiddi di u ghjaccaru ughjulendu.
Mì, mì, mì, fighjuletti !... Oh mà !... Oh, oh, oh !...
Emi saltatu e fighjulatu cù stupori e, à trè passi di Faval, ficatu ind'arba cum'è un fiori spannatu, cum'è un cigliu rossu, un bracciu umanu, insanguinitu, un bracciu drittu tagliatu soppr'à u ghjovitu, a manu sempri viva scavava a tarra di li sò diti quantu ch'edda avissi da piglià una radica di cui u lumineddu sanguinosu si sbalanciava pianu pianu prima di tena drittu.
Cù vivu instintu pisedimi u capu, stizendu u coddu, à fighjulà ch'eddu un ci fussi un aviò in celi. Un capiscivami micca. Ma biottu era u celi. Ma d'induva ch'edda ci viniva sta manu mozza ?
Sta mani, cannunati un ci n'è vistu.
Emi scuzzulatu à Faval. Intuntiscivani l'omi.
Parla o tontu ! Sta manu, d'induva ch'edda veni ? Ch'avarè vistu ?
Ma Faval un sappiva nudda.
-... L'hai vista falà da u celi ?

Tenaru era u celi. Dolci lu soli. L'arba achigliulava, piena à api, à fiarabattuli.
Nun s'era passatu nudda.
Un capiscivami micca.
Di quali sarà statu sta manu, stu bracciu drittu, ssu sangui chu curriva, com'e corri, à a luna, u succhju di l'arburu ?
"À la soupe !" Lampò u cucinaru nuveddu chi ghjunghjiva ridulanu cù u sò paghjolu fumenti, buttoni ammanicati, cù li sò "gamelles", i sò scatuleddi di a cunserva, a sò vinaccia dinò.
Li fù rispostu :" Ta gueule, salaud (zittu o bruttu)!"
L'omi si sbandedini e pà a prima volta, dipoi che nò erami in quiddu settori induva un accadiva nudda, nudda, andedimi à infrugnassi sottu tarra.
Era una bedda ghjurnata.
Sarà statu u ghjornu più beddu di tutta l'annata.
Faval, solu, solu pinghjiva, sugnuzzava ind'arba calda, scuzzulatu à spasimi.
Uni pocchi di moschi verdi vensini à mettasi nantu à la sò manu.
Mai, mai un emi sapiutu ciò chi n'era statu di stu misteru, mai."






Blaise Cendres, La Main coupée, Denoël 1946, "Le Lys rouge", réédition Gallimard, Folio, p 408-410

6 10bre 1917

Quelques tirs de harcèlement exécutés par nos mitrailleuses sur les pentes ouest du ravin de Ste Marie et sur les premières lignes ennemies.


                                   Tués              blessés
Pertes-Officiers          -                         -
Troupe                         -                         2


JMO 171e RI, op cité

Marì

"Sainte Marie,
Douce Vierge,
D'ici
Ou
Des Saintes Maries,
Priez pour nous."

Verget era un artistu e di i veri. Bancalaru à u civili. Manescu e gherbatu, lestru di i sò mani. Sempri apressu à l'obus da intaglià, da zuccà à frisgi, à fiori o à figuri divini. A sò opara più cumpiita era, par mè, una Vergini Marie dicurata di a sò frasa (ch'aghju scrittu più insù).
U m'ha dattu, di rigalu, l'obus tiratu e tandu m'ha dettu : "Non, décidément Sarratu, la vie n'aime pas qu'on la regarde dans les yeux. Moi, j'ai commencé par le deuil et aujourd'hui j'ai froid, tu comprends."
"Puisse-t-Elle nous réchauffer."
Ch'avivu da dì ? Tintacciu.


05/10/2017

Varmazzu...

Purtavami i cancari in manu, in corpu, in cori.
A malacedda s'era fatta musconi, magoni.

(Scunnisciutu)
À ringrazià à 
Paulu Filippi

01/10/2017

Lundi 1er octobre 1917

"Journée calme. Aménagement et entretien des boyaux et PP.
Travail nul dans les systèmes 607. Les écoutes du Génie signalent de faibles pétardements.
Pertes, néant. "*

*JMO, Op. cité.

29/09/2017

À la renommée des Escargots (12)

Sta volta, sta notti, u picchju s'era fattu...  merula !
Merula vistuta à piumi lucicanti di neru e di turchinu, s'eddu si pò dì.
Ridiva, mì ! Chjù l'aciddacciu. Ti vegu mi, ma... meruli, merula, ... chjù-la-miseria, chjù la brutta, chjù !
Fiù, fiù !!!...
In più, mireti sta candela pariva ch'edda u fessi baddà... cirinu maladettu, và.
E prova e prova e ci sogu sbuccatu, e pugna e pugna e mi sogu frimatu ! Viditi ?

Più ind'a, camara 16, un mughju umanu : "Evviva à noi !" lintò à Verget tuttu u soiu, cordu e senza maneri, intricciatu à meza carri, anchi à l'aria, corpu à corpu cù Aleth. Oh lu bruttu, o la brutta !
Da roccia, e da roccia da veru, a vi dicu.
A sera, à tintena tappata, mi ni sogu vultatu solu, solu à u campu.
Oh ssi soldi spesi par nudda. Mancu, mancu da sminticà sta p... di guerra, una stonda. Nò, mancu una siconda. E sta buccaredda sempri à dimmi : "...Chaleur épaisse...des langueurs océanes..."* Oh lu me ciarbeddu.
Povaru a mè, ch'avivani da fà u mari e l'oceanu appuntu, cuì ???
Aletha ch'anche tu sighi maladetta, (puvaretta).

*J Brel, Amsterdam

[Kachô-ga]
BNF

25/09/2017

Conti (2)

1914
Dumenicu Antoni,
Ghjaseppu,
Saveriu,
Agnulu Maria,
Mariu,
Paulu Francescu,
Paulu Ghjiseppu,
Paulu Matteu,
Ghjuvan Martinu.
1915
Ghjiormu,
Ghjuvani Maria,
Ranucciu,
Santu Maria,
Agnulu Antoni,
Matteu Luciani,
Antoni Natali,
Paulu Francescu,
Carlu.
1916
Anton' Francescu,
Ghjiormu Andria,
Paulu Battista,
Ghjuvan Ghjaseppu,
Tumasgiu,
Ghjuvan Andria.
1917
Anton' Martinu,
Micalagnulu,
Larenzu.

27 ed un era compia a lista. E di a lista, li sò conti...

22/09/2017

Conti (1)

Erani ghjorni di nienti. Rientratu da u paesi a mani di u 15 di sittembri. Un mi pariva mancu d'essa statu culà.
A didda franca aghju trovu un paesi martirizatu. 27 morti in guerra u ghjornu ch'e vi dicu !
Mamma faticata quantu ch'edda avissi varcata i 60 anni o ancu di di più. Me suredda smagrita, sfrancisava : "Tu arrives dans un village enterré dans le coeur"*...
Un c'era tantu da raligrassi. U paesi era ingutuppatu di dolu. Aghju salutatu tutti quiddi ch'avivu da salutà e massimu, aghju fattu u contu fatali di l'amichi spariti.
Viditi ind'i nostri tranchées, a morti è naturali, aspitatta. In paesi è un antra affari. A didda franca, eiu, un mi l'aspittavu micca.
I mandigli erani stati tinti di neru in ogni famiglia. I bianchi erani stati spapersi par ssi Francii. Ecu u contu, a lista, edda, frimava sempri apparta.
Sò ghjuntu in un paesi firitu in cori, toccu da u dogliu purtatu cuì da qualchi maledizioni... suprana.
Rivegu Tantà à u bateddu, calescia nova e capiddoni. A strada, i vigne vindemiati, u ponti, Ghjobbicu ind'u sò ortu di Patarra, u Purteddu, a casa materna. I lagni di mamma e Francesca Maria, apressu à i me panni. Nutizii di Ghjiormu , me frateddu...
Pò, u bateddu vultendu e una pena di capu, una pena di capu tamanta u mondu.
Tanti ziteddi persi e spapersi...

*("Ghjuntu in un paesi firitu in cori", Traduzioni data da Google)

18/09/2017

Lucca 6, 27

"Ma a vi dicu, à voi chi mi sintiti : Tiniti cari i numichi vostri, feti u bè à quiddi chi vi odiani, binideti quiddi chi vi maladisceni, prigheti par quiddi chi vi faceni u mali. À quiddu chi ti mena in faccia, da un latu, porghjali dinò quiddu altru latu e à quiddu chi ti piglia u manteddu, lascia e ch'eddu si piglia ancu à camisgia..."


10/09/2017

Vulnerant omnes ultima necat

(T'arruinani tutti, l'ultima ti tomba).
Quali sogu ?

I bombi,
L'ori,
L'ori di lu silenziu toiu.

02/09/2017

PPVB

JOM du 2 septembre 1917*

Une patrouille ennemie s'approche d'un de nos PP** en criant "Kamarad" - Il leur est repondu par des grenades et des V.B***. Activité toujours assez grande sur les voies ferrées à l'arrière des lignes ennemies.

Pertes : néant 

*Op. cité
*PP: point à protéger
**V.B: Grenade ou obus tirés par un fusil Vivien-Bessières.

1er septembre 1917

Samedi 1er 9bre 1917

Chère mère,

Nous voici prêts à partir. La relève aura lieu cette semaine et je pourrais enfin faire le chemin  pour vous retrouver.
S'il n'y a pas de retard, ou de contre-ordre, je devrais rejoindre Marseille le 6 de ce mois et être à Ajaccio le 8.
Il me tarde de vous retrouver. Je vous embrasse tendrement.

Votre fils
Sf

01/09/2017

In sulfara, sulfulorum...

Iu, sulfaru sugnu(1)


Sulfaru, sulfaru(2)

Pani stantatu à sudori di sangui
Sulfaru, sulfaru, lacrimi di sali,
Attrachja, scura, sempri à travaglià,
Sulfaru, sulfaru, sangui di cristiani,
Comu à cuniglii incunigliati in li tani.
Sò ghjunti à u prufondu e ghjettani l'armi,
Cori gravatu di duru caciummu*.
Si senti un cantu, pò u ribombu tagliatu
Di seculi e lamenti ingutuppatu
Persi ind'i budeddi di a tarra
Lentani inghjulii e lamenti.
Cantavani à colpi di guaglioni
Una volta tandu, e più nimu à senta, più nimu.

Piero CARBONE di Racalmuto, 2017


* Nomi sicilianu par di dì "peruli di vitramu"


(1) Leonardo Sciascia, Occhio di capra
(2) D'uni scrittu datu in sicilianu in http://www.interromania.com

29/08/2017

Tota pulchra Es

"Allez adjudant, reprenez", dissi Mathurin (Junot) : "Mais elle était d'un monde où,.. mais elle était d'un monde où les plus belles choses..."*
Era una puesia schietta di paroddi e di senzu impiita. Diciva (d'un amicu à un antru ch'avivu persu a figliola):

"Ma edd'era di quel' mondu duve le cose più bedde t'hani un peggior' destinu.
E rosa ha vissutu ciò che campani le rose, u spaziu d'una stonda".

... Duve le cose più bedde t'hani un peggior' destinu...
Nostra vita cusigna.

*F de Malherbe

26/08/2017

Mon coeur a son passé renonce...

Le château de l’espérance !
Sarà statu u caldu o sta puzza di a morti. Infini chi... dorma, un aghju pussutu dorma. Fù cusì chi mi vinsi u tempu di traduscia ssi versi.

La tò capiddatura palida badda
Mezu à i purfumi di la tò peddi dolci
Ghjucula tal'à a bandera bianca
Fatta à seta chi biundisci à lu soli.

Ingaladitu di batta in li sugnozzi
L'aria d'un tamburu, da l'acqui sfundatu
(Mon coeur à son passé renonce)
Lu me cori, à lu passatu, rinunzia
E svoglii li tò treccii in un fiumi infinitu

Marchja à l'attacu, codda, - o vultulieghja cordu
Par ssi stagni sanguinosi, da
Piantà sta bandera d'oru finu
Nantu à stu scuru castiddacciu di ramu

- Duve lacrimava di nusgiulalera
A Speranza riverscia e liscia
Senza ch'un sfilessi un palidu steddu:
Bughju di la notti, nera,
Nera, cume sà essa neru lu ghjattu.

Stéphane Mallarmé

24/08/2017

Le château de l'espérance

Junot, imburdatu da a fatica di notti e notti senza dorma, s'era missu à diclamà sta puesia, compiu u JMO di a ghjurnata  :

Ta pâle chevelure ondoie
Parmi les parfums de ta peau
Comme folâtre un blanc drapeau
Dont la soie au soleil blondoie.

Las de battre dans les sanglots
L’air d’un tambour que l’eau défonce,
Mon coeur à son passé renonce
Et, déroulant ta tresse en flots,

Marche à l’assaut, monte, – ou roule ivre
Par des marais de sang, afin
De planter ce drapeau d’or fin
Sur ce sombre château de cuivre

– Où, larmoyant de nonchaloir,
L’Espérance rebrousse et lisse
Sans qu’un astre pâle jaillisse
La Nuit noire comme un chat noir.

Eiu : "C'est doux..."
Junot : " Stéphane, l'auteur venait souvent boire chez mon grand père. Les soirs sans le sous, il vendait des billets avec ses poésies. En général mon grand-père faisait semblant de l'acheter et effaçait l'ardoise. Ma grand-mère, elle ne riait pas et la soirée finissait en bagarre entre ces deux là. Je m'amusais de ces histoires. C'est elle qui m'a appris cette poésie. Souvenirs...
Eiu: "Tu me noteras les mots, je vais me la traduire. Ça me fera passer le temps... Merci caporal !"

21/08/2017

Ban de Laveline (5)

21 août,

Journée calme.

21h30  Une forte reconnaissance ennemie de 40 hommes s'est heurtée au Groupe Franc du 1er Bataillon. L'officier Com. le Groupe (S/Lt Agnel) laisse approcher cette reconnaissance (vraisemblablement des "Stoss trup") et ouvre brusquement le feu. Après un vif combat, l'ennemi se retire laissant sur le terrain 2 cadavres et des armes. De notre côté le S/Lt Agnel blessé et 7 hommes blessés, tous sont ramenés dans nos lignes.
Travail normal de l'ennemi dans tous ses travaux de mine*.

Pertes                            tués                   blessés

                  Officier          -                             1
                  Troupe           -                             7





*JMO, op. cité

Ban de Laveline (4)

Dipoi a morti di u capurali Royan u 19 di lugliu scorru, avivami passatu un mesi senza perdita alcuna. A morti s'era dattu riposu. Và chi si svighjara...

Ban de Laveline (3)

20 août (lundi)

Activité ordinaire de nos patrouilles d'embuscade et de surveillance. Journée calme.
Perte, néant.*


* JMO, op. cité

17/08/2017

Ban de Laveline (2)

Dans ce village, aux portes de l'Alsace, la rivière principale s'appelle la Morte*, nous buvions à la source Sainte Claire* invoquée pour laver les maladies des yeux des femmes perdues. On prie plus loin encore, à la chapelle de la Vierge des Sept Douleurs*.

Que voulez-vous... dire que tout cela est vrai.

*(Veritativu)

Ban de Laveline (1)

Ban de Laveline
Chi c'era da dì ni ?
Una strada, un stradoni chi suivita a pendita d'una foci, qualchi casoni posti à diritta e a manca, da tena da cantu d'inguernu, roppa e materiali. Casi, a maiò parti, à l'abbotu o ghjà distruti. Un borgu: Laveline. Una esgia nova e goffa, didicata à l'Assunta, povara mamma. Qualchi monti di mez'altezza à dritta, à manca. Spadderi tusi da fà pascia a vaccina... in tempu di Paci.
Ma chi ci faraghju eiu à mezu à sti prati ???



Journal

A sera di stu 18 d'aostu 1917, vinsi à Lejean: "Adjudant, vous voudrez bien tenir, ce soir, le Jounal des Marches et des Opérations*. Junot vous aidera, il a l'habitude."
Eiu à u burò (uni scagnu postu in un "boyau" drittu): 
18 août 1917 :
"Le Régiment relève les derniers éléments du 294e.
Il occupe le dispositif prescrit dans l'ordre de relève.
Journée calme. De part et d'autre, tirs de réglage d'artillerie. L'ennemi continue ses travaux de mine.
21h30 une patrouille boche se heurte à une patrouille d'embuscade du 21e B.I.C . Attaquée au fusil et à la grenade, elle se retire aussitôt.
La circulation en arrière des lignes ennemies restent normales (sic).

Pertes                               tués                    blessés
                 Officiers             -                              -
                 Troupe               -                              2

À partir de 0h, l'ennemi a paru plus nerveux que d'habitude, ce qui laisse à supposer à une relève. Comme d'habitude l'ennemi ne travaille pas le Dimanche à ses mines, aucun...   (Eiu : "Junot, dites-moi, le mot ne me vient pas. Comment dit Lejean quand il parle des ftftftftft des mitraillettes ?"
Tandu à Junot :"Quand ça pétarade ?" Eiu : "Oui, c'est ça. Notez : "aucun pétaradement.")
... aucun pétaradement n'est entendu par les écoutes du génie."*



* Journaux des unités engagées dans la Première Guerre mondiale; Armée de Terre 1914-1918.
JOM du 171e RI; 5 avril 1917- 31 mars 1918; 26 708/7 in : www.mémoiredes hommes.sga.defense.gouv.fr

Saint Diė, aostu 1917

À passi misurati, u regimentu s'era avvicinatu da l'Alimagna. Più di 300 chilometri trà Soupir e Saint Diė, fatti in un annu d'Aprili 16 ad oghji.
Erami ind'i "Vosgi" (è cusì ch'eddi chjamani ssi tarri, fatti à monti cuperti à ghjalghi tamanti à quiddi di Vizzavona, ch'eddi un fussini ancu più maiori !)
Mancà, mancava a mità di quiddi chi erani partuti cù noscu. À chi tombu, à chi firtu, à chi presu ind'i tuntii chi sta guerra sappiva fà nascia, à chi "riversatu" in un antra cumpania...
À chi, à chi. Vai chi...


Tarra diavulesca

S'era pigliatu tuttu u caldu. L'omi, i bestia, l'arburi o ciò chi n'arristava, i cadaveri dinò. A puzza era quidda di l'arca di Sa Darenti mischiatta cù l'adori di fumi, di fulmini, di zulfaru di i mini d'arimani, quiddi d'oghji e ancu quiddi di dumani...
U varmazzu sera pigliatu tuttu, l'omi, i bestii, l'arburi o ciò chi n'arristava.
A tarra era pesta, micca tantu da l'omi ma di li sò invenzioni. A tarra era martidata agna minuta d'un colpu cui, d'un colpu culà. Povara tarra bona da linta uni pocchi di scaghjulati di fumi, di pulvariccia.
Sta tarra fatta in pulvara, fina, fina, purtata da u ventu chi t'impiiva i pulmoni di foccu. I ti siccava da frimà u sciumi in bocca, canneddi brusgiati da stu mischiumi produttu d'un Diavuli maiori.
L'omu, mischinu, piattu, intarratu. L'omu ? Un valiva più nudda, l'omu. S'era pigliatu tuttu, a puzza, o ciò chi n'arristava.

15/08/2017

Fini di a parti III (compia à a fini di maghju 17)

Il sole non si move*

à AwA

E Lejean, romanticu, à dì: "Le temps passe, vide."
È ciò ch'aghju capitu, eiu... viniva da chi u soli incustiditu pariva tombu, l'omi suspesi stavani stanchi morti. L'aceddi mutti, l'arburi, o ciò chi n'arristava, listessi. U mondu rindiva l'ultimu respiru. Amme.


* Leonardo da Vinci (v. 1482)

Expédition 127 189

Expédition : "171e Régiment d'Infanterie. Acte de décès. L'an 1917, le 5 mai à 5 heures vingt minutes du soir, étant à Soupir (Aisne), acte de décès de Louis Dedout, soldat réserviste de 2e classe au 171e Régiment d'infanterie (2e compagnie) immatriculé sous le numero 127189 né le 20 juin 1880 à Paris, 3eme arrondissement, département de la Seine, domicilié en dernier lieu à Paris, décédé à Soupir le 5 mai 1917 à dix heures du soir, tué d'un éclat d'obus au cou, fils de feu Denis Dedout et de Marie Michard, marié. Conformément à l'article 77 du code civil, nous nous sommes transportés auprès de la personne décédée et assuré du décès. Dressé par nous Jean Joseph Berthelon, lieutenant chargé des détails, officier de l'état civil, sur la déclaration d'Antoine Barrolaccia, âgé de 25 ans, adjudant au 171e Régiment d'infanterie et de Courtaon, André, âgé de 37 ans, sergent réserviste au 171e Régiment d'infanterie, témoins qui ont signé avec nous après lecture. Le premier témoin, signé Barrolaccia, l'officier de l'état civil signé Berthelon, le deuxième témoin signé : Courtaon. Pour expédition conforme, l'officier de l'état civil, signé : Berthelon."
Avivu signatu anch'eiu, testimoniu di a morti ch'un è nudda.
"Saremi sempri vivi, saremi ?" m'ha dumandatu à unu. Ch'avivu da dì ?


U tinenti Berthelon

14/08/2017

Z.

Abbacavu di zeri in zeri (carnè e penna in manu).

Lamentu

Mamma di tanti figlioli,
I chjamasti ad alta voce,
E piighjendu li miraste
Morti, intrepiti e feroce.
Duv'elli stanu sepolti
Un ci si vede una croce.*

Sta volta era un antra mamma à avecci chjamati, croci pocchi e micca... mancu lamenti... I brioni di quiddi ch'avivani da mora s'assumigliavani. Eddi, sì, s'assumigliavani !

*In Antulugia bislingua JG Talamoni, p 165
Dumenicu Andreotti
Lamentu di a battaglia di Ponte Novu

J-J Lemordant
(ditagliu, v. 1917)

In maghju 1917

"L'acqui di maghju empieni u granaghju" dici u pruverbiu.
Dipendi di ciò chi fala (era piombu e foccu) e di quali è u granaghju. A morti, di fatti u s'impiiva u granaghju soiu, và !
Tempi à disfà mondu e altru, sì !

12/08/2017

Morti

Miraculu di sta guerra:
Passatu ?
Un n'avivu mancu più passatu, oramai ! Sfassati l'imagini imaginarii d'edda, d'eddi. Sparitu u dolci disegnu di a chjonza di lu sò coddu.
Lu "da vena" aviva da vena ! Ma appuntu, ch'edda venghi, infini mì, stà guerra miraculosa, ma ch'edda venghi e tutti purtacci via.
Sia, sia, sia.
Via, via, via.
Piglia, piglia, piglia.
Appariglia, appariglia.
Avvia, svia e avvia.
Cusì sia.
Maraviglia... di sta guerra. Vera.
Imbriglia e basta.
("Solu i morti sarani cuì à veda à fini di sta guerra" dici u pruverbiu napulitanu)

                           
William Mc Gregore Paxton

Chapeau de plumes (2)

Erami ghjunti in Ostel. Grégoire, da fughja una raffala di mitagliosa mossi à diritta. Schiattò una bomba à u puntu stessu induva s'era piattu, in stada, trà una porta e un canteddu.
Sparitu u ziteddu, frrrrrr, sfassatu. Un arristava nudda di u Suldatu, ne mancu a fotografia di a zitedda cù u "chapeau à plumes".
Frrrrrr...
M'arristava à mandà un lettara trista à lu sò povaru amori.

09/08/2017

Cianghiniccia

Sudavami sangui d'omu in quiddi cianghiniccii.


Da u gruppu Fb Les Croix de Bois 14-18, 
À ringraziaddi

La Croix sans tête

Ostel ce 25 avril 1917,

"Adjudant vous prendrez le chemin de La Croix Sans Tête, sans arrêt jusqu'à Ostel..."
Paroddi tonti, mumenti tonti !
Certi nomi dinò, trà u "Chemin des Dames" e quiddu de la "Croix Sans Tête", ohimè.
Guasgi trè anni chi la me vita s'era tronca in quiddi catravoni, luntanu da li nostri muntagni, da lu mari di a Sardegna, da u portu di Marseglia, à compiassini cuì à l'orli di a parti manca di u boyau di a nostra tranchée, à l'ori di ssu scatinumi generali.
Sparitu da a me vista i litturali, un n'avivu più cà piegna ed à aspittà a morti, e ch'edda venghi sia cù li sò gasi, cù li sò fulmini o cù una badda persa... Iè, pru, ch'edda venghi.
Grégoire di a mè cumpania era fermu muttu, tal' à quiddi mariunetti visti una sera à u teatru militaru in Châlons. Muttu da l'esplozioni d'una mina à trè palmi d'eddu.
"L'emotion" ha dettu à Calan, u duttori. A pauraccia, sì !
I gasi avivani fattu calà a luna, i bombi avivani fattu calà u celi e a tarra era calata anch'edda. À pinsà chi a tarra avissi, un ghjornu, anch'edda da calà...
U cannoni aviva fattu calà u tintu Grégoire.
U capitanu Lejean aviva scrittu indi u sò carnè: "J'attendais ces heures miraculeuses où le ciel se transformerait en enfers. Ce moment où les hommes broyés par le fer et le feu se confondaient en Elle. Toi, terre matrice de nos malheurs, de nos honneurs..."
Era tontu anch'eddu, mirè !

08/08/2017

Chapeau de plumes (1)

"Tenez mon adjudant, regardez: ce jour là nous étions à Dijon où nous séjournions chez une tante. Une après-midi nous sommes allés chez un photographe, il lui avait prêté des habits à la mode. Elle est belle, n'est-ce pas ? J'ai tellement ri quand elle s'est poudrée le visage et le bout de son nez.
Quand nous partons à l'assaut, je la serre alors sur mon coeur, j'ai moins peur alors et je m'imagine partir avec elle, si le destin venait à me le demander.


Chemin des dames

Soupir, front de l'Aisne ce 20 avril 1917, à François Guillaume Blanchet.

Ma quali sarà ad avemi truvatu un nomi cusigna :
"Chemin des Dames"? Mancu à dì.
"Strittoni di u Maceddu", sì !
Accantu à mè, u suldatu Fleurovent pigniva. M'ha dettu: "Adjudant, si je meurs, dites-lui que je n'avais rien à lui offrir si ce n'est nos mauvais souvenirs blessés, ceux de notre enfance. Je suis un monstre et si je pleure c'est par égoïsme, et de ne plus pouvoir pleurer dans ses bras, la pauvre. Nous sommes fichus et je ne peux même pas le lui dire. À quoi elle sert, adjudant, cette guerre nouvelle? Savez-vous? Et vers où montons nous à l'assaut? Si je meurs, vous me promettez de lui dire ce message: "Je t'ai toujours aimée. Je vais mourir, pourquoi ne fais-tu rien? À Claire Deeffe 3 chemin du Hasard, à Mont Jouet près Toulon. Promettez-moi."
"Je te promets, soldat, je te le promets."
"Et vous mon adjudant, il vous arrive de pleurer ?"
"Il y a longtemps que je n'ai plus de larme soldat, longtemps. Mais je peux aussi mourir avant toi soldat, je peux" (pinsedi : "Mischinu à chi un ha nimu à piegnalu").
Parò, ssu Chemin des Dames aviva da essa a strada nostra, quidda di stu povaru disgraziatu. A strada che noi avivami da piglià nò, à ghjugna in Paradisu. Un caminu dedicatu à a morti. Noi altri listessi à eddu, listessi à Fleurovent.
Trà campà u patimentu e campà u nienti, Fleurovent s'era sceltu u patimentu*, tintacciu.

*D'appressu à W. Faulkner, The Wild Palms: "Given the choise between the expérience of pain and nothing, I would choose pain."

Zain (Ghjovi di Pasqua 1917)

Tristis est anima mea usque ad mortem, sustinete hic, et vigilate mecum: nunc videbitis turbam, quae circumdabit me. Vos fugam capietis, et ego vadam immolari pro vobis.

E noi, ancun' Eddu.

07/08/2017

Chove (chi è piove)

Piovi*
Ch'avaraghju fattu eiu di ciò chi è a vita mea ?
Feci ciò ch'edda, ne feci di mè...
D'avedda pinsata, mal' vissuta...
Tristezza d'un omu simuli !

In un' ingoscia senza... rimediu
A febra à l'alma, e, quandu sò,
Risentu à mancanza, e indrentu l'anoia,
Di ciò ch'un aghju mai vulsutu...

Ciò chi eiu avariu pussutu essa,
Chi ni sarà divintatu ? Trà odie di miserii
Da mè, eccu: sogu da mè isciutu.
Se almenu... s'eddu piuvessi menu.


Fernando Pessoa 23-10-1931, da a traduzioni di M. Chandeigne & P. Quillier in francesu, cù a versioni purtughesa accantu.

*(Il pleut)

Vana parodda

Una sera di bughju neru:
Lejean :" Venez adjudant, venez asseyez-vous. Je ne parle pas au soldat, je parle à l'homme que vous êtes. J'ai pensé écrire: "La mort viendra et elle aura... et là, j'hésite entre...  et "elle aura ta voix" ou "elle aura tes yeux".
Qu'en dites-vous ?
Eiu: (...)
Lejean : "Allez adjudant, les yeux ou la voix, il faut choisir !"
Eiu : (...)
Lejean : "Il fait bien trop sombre pour imaginer ses yeux... Oui, je pense que je vais lui écrire : "La mort viendra et elle aura ta voix." C'est joli, vous ne trouvez pas ? Croyez-vous que cela puisse l'émouvoir ? J'en doute, mes mots sont impuissants.
Et puis la mort viendra avec ou sans ses yeux, avec ou sans sa voix, n'est-ce pas (risi) ?!"
Eiu: (...)
Tandu eddu: "Flûte, si même les mots sont vains, alors, je suis vaincu. Ecris... vains, ah, ah. Rideau !"
E ci andedimi à dorma. Dorma, pisetti, à sunnachjulà, sì...


C Pavese :"A morti venarà, i tò occhji avarà..."





06/08/2017

Spizzata

U ghjornu, ch'aghju circatu à veda lu tò deliciosareddu voltu caru, eccù ciò chi n'aghju truvatu : imagini senza sensu alcunu. Quant'e che tù fussi tù sparita à pezzi in ssu spechju maladettu !?
Ripezza cuì ch'è rottu, diciva a vecchja. Suvità, u suvitaraghju tandu anch'eiu stu filu... Ùn mori micca par piaceri.

Antonio Senkof
Cù Paul Filipi, à ringraziaddu.


05/08/2017

Aprili 1917

"Aprili scioccu, scioccu pigliamini unu e dammine ottu !"

U ghjornu, o piuttostu a notti eru statu chjamatu da fà a guida à un capitanu (mancu dà dì... un corsu di Santu Spiritu, un certu Pretelli un giganti, dottu, ch'un era più di prima vetta ma tuttu à i sò missioni. Un omu chi parlava poccu e micca.)
Mi dissi :"Adjudant avec un accent pareil... siti di i Petri Rossi, nò ? (E partedi à rida...)
Eiu :" Ghjustu o capità ! Seti Corsu? D'induva seti ?"
Tandu eddu :"Caspita ! Sò corsu da.... Soupir, eh oui ! Sta sera, aghjutenti, un ti sbaglià, mirè ! Ch'o sinò, u bateddu, u pigliaremi trem'in dui in una cascia di pinu e ancu !"
"Cunnoscu i me locchi, un vi ni feti o capità !"
Sintedimi u chjoccu di a campana di mezanotti, mezu à Soupir accupata da i tudeschi da 100 ghjorni o di di più. Mezanotti, un'ora da chjappà a scimaghjini. L'ora quandu si scioglieni e li voti, li prigheri, li pienti. L'ora di i morti vivi o megliu, di i vivi morti, ciò che nò erami.
A nostra a missioni era d'insignalà i nidi i mitragliosi numichi. Stavu à arecchji tesi cum'è a levra. Nidi, ci n'era trè à facci danni maiò. A prima, a mitragliosa, l'aghju truvata eiu, rue du Chapeau Rouge, a siconda era piatta à l'angulu trà a stretta di a esgia e la rue du Hault. A terza era à u 39 rue des Gibelins.
Cunnuscivu avà à Soupir guasgi com'à i Petri Rossi.
Vultedimi à 5 ori di mani. Dissi Pretelli, chjaru e tondu:  "Bon travail adjudant, je transmets notre carte à l'artillerie. Andemi à dorma, và e riposa ti u me ziteddu... à u piacè e u salutu à la tò cumpagnia."

Ma chi tanti "ziteddu" ! 33 mesi, ch'erami cuì (middi ghjorni guasgi) à cuntà i nostri orrendi sciaguri. Umbeh, quista a prova !
A guerra schiattò avaraghju avutu 25 o 26 anni. Quantu n'avaraghju oghji ? "L'anni sò fatti pà i cavaddi e pà i schiavi" dici u pruverbiu, a bedd'affari, eh bè u "cavaddu" t'aviva middi anni. È quista a verità.
Erani ghjorni chi schizzavani focu e chi schizzavani vilenu.
Agna stonda era funesta, da metta u sciarru à l'ossi à i più curaghjosi, à i più tonti, di noi, dinò.

Aprili, chi m'hai pigliatu tuttu, pà piacè, un mi dà nudda, và, sarà megliu cusì !

Stondi

O stondi tombaghjenti lacchettimi u tempu di fà una prighera e pò di sarrà l'occhji e veda li sò occhji chjari, u sò voltu divinu, una volta tandu. 
Zitedda cum'è l'acqua, ti tengu cara.

04/08/2017

À ziu (2)

M'eru sunniatu à ziu, ma culori micca. Capeddu incalfattu, prontu à andassini par ssi stradi di u Niolu. I turcineddi beddi accunciati. E Mora -a nostra mula bianca- decisa. Tuttu eddu, d'indiatura e di scherzi.

Léon Charles Cannicioni (1913, ditagliu)

Fine di a parti II (compia l'8 d'aprili)

Chère Hughette (3)

Les jours peuvent s'arrêter là. La nuit, elle, pouvait continuer.

As un acceddu

Or as a bird, which in the eir that fleeth,
No preef fownde is of the cours of his flight.
No man espie can it, ne it se seeth,
Sauf witch his wynges the wynd softe ans light
He betith, and cuttith th'eir by the might
Of swich stirynge, and foorth he fleeth his way
And tookne, aftir that, no man see ther may.

Th. Occleve, Series (204-210) Verse manuscripts, Oxford University Press, 2002.

Monologhi

Parlava in trà me stessu ma, soluzioni, un ni truvavu mancu appena.
"Ci ha da vulè à parta culà à vedala!" Mi dissi tandu a bucciaredda.
Frimavu, eiu, ascimittu, sarà sta p... di guerra o sarà s'astra?  Quista a guerra, a guerra d'Edda, minava ancu di di più. I sò colpi m'abbambanavani. Ma ssa siconda, à vinciala... m'eti capitu.
Eru insemi ascimittu da u rumori e ascimittu da u silenziu.

À C. (tu sais...)

L'alba viniva sempri doppu à i bughjiconi e cun edda viniva l'abandonnu.
A guerra s'aviva sfassatu tuttu di ciò chi erani i ghjorni mei, in Corsica, in Sardegna, in Marsiglia...
Culà t'avivami i muntagni, i cuntorni di ss'isuli minori, t'avivami scoglii e mari, bateddi pronti à navigà par certi cità di l'Urienti luntanu. E pò, t'avivami i rimurcori. T'avivami u soli e i sò ghjocchi in trà e branchi e quandu si riflitava ind'i l'acqui prufondi.

Dipoi mesi e mesi, stavami intavunati, topi imbrugliati, persi in quiddi tavoni di tarra ch'eddi chjamavani "tranchées", fossi, "tranchées", da veru tagliati à fiancu di costi alti d'un metru, un metru e mezzu; arburi micca. L'orizonti sarratu. Ssi "tranchées" maladetti ci intarravani e c'intafunavani sottu à una tarra frustera, intima oramai.

Nostra vita cusigna e nienti da veda cà cicatrici e brusgiaturi di a Guerra.
Tandu aspittavu à notti: O notti che tù sighi benidetta.
Certi seri, a notti mi purtava u baddu à l'infinitu di i steddi, quiddi seri senza bumbardamenti, quiddi notti spannati: baddavani !
Tandu m'arristava à sceglia una di quiddi steddi e à pinsà, da lu fondu di lu mè tafonu fondu, che tù, era appuntu sta stedda che tù, à listessu tempu, avii sceltu di fighjulà*. Tandu, ti faccivu eiu l'amori ghjustu e sinceru. Sai, l'amori cantatu, l'amori cuntatu, l'amori occhjisarrati e bocchichjusa, l'amori di quiddi ch'hani vint'anni, di quiddi chi hani vinti.
Un m'arristava oramai cà da aspittavvi. O notti cilesti, vi tengu cari ! Accendetevvi o steddi e prestu.

(* "Tu sais, ni toi, ni moi, ne tenions les fers de nos tortures, mon amour. Oui, tu sais, n'est-ce pas ?")

À C. (12)

Da lu me ciarbeddu impezzatu e stravoltu, dicu che tù sì stata, tù, un'alegria in un suniacciu.
Torru e ti dicu chi, da lu me ciarbeddu impezzatu e stravoltu, sì stata tù, tù, un'alegria in un suniacciu.

03/08/2017

Temp'ori

L'ori, l'acqui, l'aria, u zulfaru, l'ori, l'anni, l'arsuri, l'ori, l'anni, l'ori, l'orrori, l'arori.. acidivani i ciarbeddi nostri infracicati e morsi.
A vita nostra andava di mali.
Cadaveri, vivi, putrichi, che noi erami, ariendusi versu à i nivuli inghjanduliti di la nostra povara vita umana.
Fidi à lu destinu nostru: dà abbraccii infiniti à nostra morti-amanti.

Bà, remember (3)

O com'eddi sò chjari l'acqui di i tò surgenti e quidda di li tò fiumi chi si svarsani in abbundenza. Ci portani adori di fiori diversi, à radichi purfumati, tal'à u vetiver chi, di lu sò muscu, aluntana l'insetti puzzulenti.

Amadou Hampâté Bâ, L'étrange destin de Wagrin

01/08/2017

Guerri e guerri

Nostri labbri carchi à basgi, i ci hani arrubati
Da li nostri mani s'hanu pigliatu i calamà.
Diu miu, insarrunetimi u celi,
Ch'eddi un intressini ad arrubassi... li prigheri nostri".

Quamar Sabri al-jassim.
(Puetessa siriana)

31/07/2017

A patta

I Petri Rossi, 22 mars 1917

Mon cher fils,

Les dernières nouvelles de toi m'ont rassurée. Tu me dis avoir été élevé au grade d'adjudant et que tu es à l'arrière*, tout cela me console.
J'ai reçu hier une lettre de ton frère qui se plaint de ne pas avoir de tes nouvelles, écris-lui s'il te plaît.
Hier encore, Ange-Jean est passé, il dit que la saison va être sèche, puisse-t-il se tromper, nous avons tant besoin du rendement de Chjara Stedda. Tu sais comment il fait son calcul entre la patta et l'eau des fossés de la plaine, la maturité des bourgeons...
Avec ta soeur, nous espérons avoir bientôt de tes nouvelles.
Nous t'embrassons bien fort

*(Ch'avivu da dì ?)

Amok e parmissioni

"J'aimais ces ruelles de villes étrangères..."

O quant'eddi mi piacivani ssi picculi carrughji di ssi cità stragneri, stu marcatu spuriu di tutti i passioni, cù ssi massi clandestini di tutti i seduzzioni fatti da matalò chi, sazii d'i sò nuttati sulinghi nantu à mari luntani, priculosi, chi entrani cuì à passassi una notti, da sudisfà in un'ora, sò passioni parrechji di tutti li sò sogni. I si devini piattà ssi notti sulitarii, in qualchi fondu di a città, in ssi carrughji, ch'eddi diciani, cù fumi e insistenza, ciò chi i casi chjari cù li sò vetri luccicanti (induva stani i sgiò), piattani sottu à mascari, middi. Cuì a musica sona e fà entra la ghjenti in picculi stanzi. I cinematografi, à l'affissi viulenti, sò segni di prumessi di splandori infiniti; certi picculi lanterni quadrati si piattani sott'a li purtoni e, com'à segni, d'un salutu cunfindanziali, vi mandani un chjaru invitu. D'una porta scantata, spampiluleghja a cari fresca e nuda sott'à panni pinti d'oru. Ind'i cafè, i briacconi vi cacciani mughji e si senti cuddà u fracassu di l'attachi da omi inchjuccati à u ghjoccu. Ridani in sottu i matalò quand'eddi s'infattani in quiddi locchi; si svegliani tandu or' li sò tristi sguardi, chi cuì si trova ciò ch'omu cerca : donni, ghjocchi, spettaculu e briacchini, vintura ch'edda sighi tamanta vintura o brutta vintura. Ma tuttu, à l'appiatu si fà; chjusu à darretu à l'aletti di i balcò, balcò chjusi cù falsia. È ciò chi pari ritegnu, doppia a voglia, d'un cantu da fascinazioni di u misteriu, e da l'altru, da l'accessu senza guai. Ssi carrughji sò listessi in Hamburgu, Colombo, La Habana; sò da partuttu listessi, tal'à ssi larghi corsi di u lussu, parchi chi i cimi o i fondi di a vita sò tutti di a listessa forma; sò carrughji incivili, chi cummovani par ciò ch'eddi diciani e traghjani par ciò ch'eddi taciani, u fantasticu ch'arresta à l'ultimu d'un mondu cù li sensi lintati duve si scatennani cù crudezza e senza ritegnu, una furesta bughja di passioni, un prunicaghju pienu à feri. U sognu ci si pudiva fà carriera*.

Henri Gervex (1878)



*Stefan Zweig, Die Mondscheingasse, missu in corsu da a versioni francesa di A Hella, La ruelle au clair de lune. Le livre de poche, LGF, Paris 2016.

Seul

Lejean : "Adjudant, encore à vos plumiers et vos éternels monceaux de papier ? Je vais finir par vous faire nommer aux écritures, bigre !!!"
Eiu :  (...)
Tand'eddu : "Imaginez, un instant, un monde sans Elle et imaginez-vous maintenant dans 30 ans et toujours sans Elle, et vous. Vous, soigneusement assis à votre table d'écolier réalisant, fou à lier, vos pleins et déliés... seul (risi) !
Comme si le monologue était le résumé notre vie d'adultes sur cette terre ?"

Remember (2)

Mon cher filleul,

Surtout, ne me grondez pas. Hier, notre logeuse Mme D du B est revenue à la charge: "Ma pauvre, combien de temps encore allez vous attendre que l'on vienne vous cherchez ? Ne croyez-vous pas mériter mieux ? (elle parlait de vous)".
Alors, j'ai simplement répondu, avant de repartir:  "C'est comme cela que je l'aime".
Voilà vous savez tout.

Votre Hughette

Gourbi (remember...)

Lejean mi dissi:

"L'Aisne coulait à nos pieds
Ses lignes s'évaporaient,
Enlevées par la brume,
Elles semblaient flotter,
Emportant loin de nous,
Les rumeurs ennemies.

Aux portes de Soupir,
Le monde s'appliquait
À tuer tout espoir.
Dans un gourbi infâme,
Saturé de suie noire,
On brûlait une flamme:
Hommage à un soldat,
Hassan,
Mort ici par hasard."

E par a prima volta,
Piensi u nostru capitanu,
A morti d'un titanu,
D'un essaru umanu,
Priori macumittanu...

Soupir, 
un gourbi dans un boqueteau.

À C. (11)

Un si avedi omu micca di l'anni chi fughjani, parò passati l'ori, u tempu un volta più, tandu, ti martirizeghja.

(È mortu oghji à Assan suldatu di prima trinca sempri pronti à fà i centu colpi. Tombu d'una bomba falata cuì, à un metru. Arristava à sò vesta e unu di li sò scarpi.)

Sur le front de l'Aisne, ce 25 mars 1917.

30/07/2017

Verso

Dieu, si seulement Elle pouvait enfin se retourner...
Oh Diu meiu, pudessi edda vultassini, infini...

Vilhelm Hammershøi
Ditagliu, v.1910

Névroses

Murmughjava: "U passatu mai nun passa..."
Tandu à Lejean: " Adjudant que dites-vous donc ? Vous nous parlez en corse ? Vous risquez, sans doute, d'être peu compris, de nous tous surtout (risi). Nostalgie du pays ?"
Eiu: "Nostalgie du passé, du passé passé, mon capitaine."
Lejean: " Vous n'en sortez donc pas !"
Eiu: "Non !"
Lejean: "J'ai, alors, un autre médicament: les bombes allemandes. Elles anéantissent tout, les regrets, les pensées, les sourires et même les silences et surtout le silence. Elles font place nette et aident les cerveaux à se remettre en place.
C'est un médicament miracle pour les neurasthéniques ou les mélancoliques, les folies quelles soient diathésiques, chlorotiques, anémiques...
Eiu: "Vous croyez ? Je La cherche partout. Et je guette Son visage sur chaque portrait des fiancées de chacun de nos pauvres soldats. Et je la cherche encore tout au fond des égouts que sait construire la guerre...
Je la trouve, Elle me fuit alors comme si j'étais la peste. Mais, je ne suis qu'un homme avec toutes mes faiblesses."
Lejean :  "Tout cela passera, nous avons désormais tous, devant nous, plus de souvenirs que de projets véritables. La Guerre nous rend si laids, Elle nous oubliera !"
Dissi à Lejan, chjamatu ad'altri affari.

à P.

19/03/1917

A tè, l'amicu caru, oghji sparitu, chi sè sempri ind'u mè cori. "L'acra lingua di i morti si ripiglia sempri ind'una prumessa di vazzina." Andrée Chedid

U passatu passatu

"Une mori mai u passatu, mai. Un passa mancu u passatu..."

Meisje met de parel




Vermeer, v. 1665, ditagliu

29/07/2017

L

Lejean: "Sait-elle seulement que je savais mieux qu'elle les arcanes de la vie ? Non, sûrement pas, trop pressée, trop fière, trop sûre d'elle, trop impulsive et au fond, trop blessée. 
Justement ! 
Adjudant, me voilà moi aussi mangé à la sauce doucereuse du repentir. 
Allons venez, le colonel va nous donner ses ordres et ses ordres agissent en moi comme le meilleur médicament contre la nostalgie. L'action, la traque, le combat, de quoi vous faire oublier toutes vos petites misères... la léthargie comme l'adenite scrofuleuse définitivement (risi). La guerre voyez-vous, nous guerrit beaucoup. 
Venez, allons prendre les mauvaises nouvelles (risi)..."

A Madonnuccia

18 di marzu 1917,

Mi n'avegu appenna, oghji era a festa di a Madonna in Aghjacciu.
O Santa Marì, madre di Diu prigheti par noi, pà a paci e par tutti ssi famigli indugliati.

"A Madonnuccia", o chi dolci e bedda parodda d'amori schiettu.

Adjudant ! (4)

Très chère Hughette,

Hier au soir, au milieu du grouillement de mille cafards noirs, j'ai enfin retrouvé votre sourire, intact. Intact, le port de votre tête et votre dos si droit et le bout de vos doigts, votre bouche cerise, vos très douces gesticulations.
Ce songe avait au moins cent ans semble-t-il... C'était pourtant bien vous. Vous étiez habillée d'un inhabituel chemisier blanc parsemé de fleurs bleu marine imprimées. Vous disiez être revenue me chercher.
Les circonvolutions atterrissent un jour et parfois même s'exhalent en des instants magiques.
Manquait le timbre de votre voix celle, éternelle, de vos si doux reproches.
Vous me sembliez lointaine et pourtant en refermant ma main, j'ai enfin cru vous tenir tout au fond de ma poche.
Mais ma poche était vide et votre main tenait serrée la mienne, comme par le passé, vous aviez su si bien le faire.
J'ai rêvé et puis, j'ai oublié mon rêve.

Ne plus penser, servir mes galons !!!

28/07/2017

Adjudant ! (3)

Sur la ligne de U..., ce 12 de mars 1917.

Très chère Hughette,

Je vous adresse ici une photographie récente, celle de mon unité.
Sachez encore, grande nouvelle, que je viens d'être nommé adjudant ! De quoi largement améliorer mon pain quotidien mais surtout celui de ma famille au village que j'imagine dans un grand dénuement.
Me reconnaissez-vous (deuxième à partir de la droite)? Il fallait que ne nous bougeions pas, alors, j'ai bougé...
Et la photo est floue comme l'est mon projet.

Adjudant, imaginez-vous, j'espère que vous êtes fière de moi.
Plus rien désormais ne peut plus m'arriver... et comme on le sait, les adjudants d'aujourd'hui sont ceux qui ont survécu à la mort d'hier, n'est-ce pas ? Alors.

Je crois que je vous aime.

Da, Histoire de couleurs, 
à ringraziaddi